Alain Avello, nouveau secrétaire départemental du FN44

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Entretien avec Breizh-info

Le bureau politique du Front national, réuni le 6 décembre au siège du FN à Nanterre, a procédé à la nomination de quatre nouveaux secrétaires de fédérations, dont celui de Loire-Atlantique. La succession était ouverte depuis l’automne après le retrait de Samuel Potier. Remplacé provisoirement par Éléonore Revel, Alain Avello a été choisi pour lui succéder. Sa candidature a été préférée à celle d’un militant local Jean-Luc Javel, implanté à Machecoul.

Alain Avello est professeur de philosophie à la Roche-sur-Yon, conseiller régional des Pays de la Loire (élu en Vendée), président du Collectif Racine — les enseignants proches du FN — membre du conseil stratégique de la campagne de Marine le Pen en 2017. Il habite cependant à Nantes. Pour le siège national, il devra rassembler une fédération divisée et la faire progresser. En effet, le FN réalise en Loire-Atlantique des scores insuffisants, sauf dans certaines communes nazairiennes ou situées aux marges du département, ainsi qu’en Brière, zone anciennement communiste et toujours ouvrière, qui est en train de basculer.

Néanmoins, avec la nomination d’Alain Avello, ancien chevénementiste proche de Florian Philippot, certains militants craignent « un saut dans l’inconnu, un de plus ». Selon l’un d’eux, pris de court par la nomination du nouveau secrétaire départemental, c’est « un virage à 180 degrés par rapport à la ligne Potier, qui était plutôt catho et ne s’en cachait pas ». Nous avons rencontré Alain Avello.

Breizh info : Vous arrivez dans une fédération divisée, dont les affres ont même fait la une de la presse locale, comment allez vous vous y prendre pour remettre la fédération FN44 en ordre de marche ?

Alain Avello : Je vais rassembler. Notre parti est riche de sensibilités diverses avec des fondamentaux communs. Je vais donc rassembler les diverses sensibilités, notamment en adjoignant quelques têtes nouvelles dans le bureau départemental, que je ne changerai pas cependant. Je présenterai ce bureau départemental rénové prochainement. Je fais la synthèse du point de vue des époques : j’ai le soutien tant de Marguerite Lussaud que de Samuel Potier, ou d’Éléonore Revel qui a assuré la transition. Et ce qui me fait plaisir, c’est que des militants qui se sont retirés depuis plus d’un an, qui ont disparu de la circulation, m’appellent depuis ma nomination et demandent ce qu’il en est, proposent leur aide.

Breizh info : La fédération du FN44 a bien besoin d’une reprise en main ; Christian Bouchet, sur Facebook dernièrement, disait encore que lorsqu’il la dirigeait, il y avait 700 militants et une permanence. Aujourd’hui il n’y a plus de permanence et 400 militants à peine.

Alain Avello : Il a quitté toutes ses fonctions au second tour des régionales, il n’a plus accès au fichier. Normalement, seules deux personnes y ont accès, le secrétaire départemental et le responsable des adhésions. Je ne suis pas encore au courant de la situation concernant le nombre d’adhérents, nous sommes un parti qui respecte scrupuleusement ses procédures internes.

Breizh info : Vous allez continuer avec Éléonore Revel, qui a assuré la transition ?

Alain Avello : Oui, elle est compétente, a des capacités d’organisation, je la maintiendrai à une fonction à responsabilités. Mon seul critère, c’est la compétence.

Breizh info : On vous prête des proximités avec Florian Philippot, le tout-puissant vice-président du FN…

Alain Avello : C’est vrai que nous avons des relations amicales, mais je ne lui dois pas ma nomination. Je suis venu à l’audit ; lorsque Jean-Lin Lacapelle est descendu de Nantes écouter les militants, je me suis porté sur les rangs en sachant que j’avais mes chances, mais sans avoir la certitude d’assurer la succession. Je suis allé rencontrer le secrétaire général hier à Paris, et j’ai appris ma nomination fortuitement, car juste après le bureau national, il y avait au même endroit le conseil stratégique de la campagne de Marine le Pen, dont je fais partie, et j’ai reçu les félicitations de certains membres du bureau national qui sortaient de leur réunion.

Breizh info : A propos de Florian Philippot et de stratégie pour la présidentielle, Jean-Yves le Gallou a publié dans nos colonnes une tribune où il évoque les « anachronismes » de Florian Philippot, et parmi ceux-ci sa volonté de « gauchir » le discours du FN et d’aller vers le politiquement correct alors que la société s’en détache. Pour Jean-Yves le Gallou, les valeurs conservatrices sont de retour, des intellectuels dénoncent le Grand remplacement et le danger de l’islam, mais Florian Philippot va dans l’autre sens, à rebours des évolutions sociales. Bref, s’il continue ainsi, le FN irait dans le mur. Que pouvez-vous y répondre ?

Alain Avello : Jean-Yves le Gallou a été écarté du FN par le passé, et est donc frustré. Ses reproches ne sont pas objectifs, donc ils sont erronés. Par ailleurs le clivage gauche/droite est dépassé, mais si on veut s’y tenir, face à Fillon le FN sera à la fois plus « à gauche » que lui sur certains dossiers, par exemple la défense du service public, et plus « à droite » sur d’autres.

Breizh info : Président du Collectif Racine, membre du comité stratégique de Marine le Pen, donc engagé dans une campagne présidentielle très prenante, secrétaire départemental du FN44… comment allez-vous arriver à tout concilier ?

Alain Avello : Je suis très organisé et j’ai une grosse puissance de travail. Puis j’ai un atout que d’autres n’ont pas : je dors très peu, quatre heures par nuit environ. Mais je pratique les courtes siestes réparatrices.

Breizh info : Certains s’inquiètent de votre nomination dans un département assez rural — d’autant que vous réalisez vos meilleurs scores aux marges les plus éloignées — car vous n’avez pas le permis de conduire.

Alain Avello : Philippot ne l’a pas non plus, cela ne l’a pas empêché de battre la campagne en Moselle et dans tout le Grand Est. Plus sérieusement, outre mes fonctions dans le Collectif Racine, je suis aussi l’un des huit conférenciers thématiques proposés par le FN aux fédérations, je suis donc amené à me déplacer partout en France, et il y a toujours des foultitudes de militants prêts à me voiturer. La ruralité fait partie des axes que je vais développer en Loire-Atlantique et je me déplacerai, y compris dans le Castelbriantais où nous faisons de très bons scores.

Breizh info : Justement, quels sont les axes que vous comptez développer ?

Alain Avello : Je vais constituer des pôles thématiques dans le bureau départemental, notamment sur la ruralité. Ils seront notamment chargés de muscler la communication et de couvrir un grand nombre de sujets, de façon à permettre à nos dix candidats pour les législatives de mener un travail de fond. Ensuite j’ai constaté que la circonscription de Jean-Claude Blanchard et Gauthier Bouchet est celle qui fonctionne à priori le mieux dans le département ; je vais m’y rendre, et il n’est pas impossible que je l’érige en modèle pour les autres. Enfin, nous ne nous contenterons pas de copier-coller le programme national du FN : lors des bureaux départementaux, nous discuterons collégialement des sujets de fond départementaux, de façon à prendre des positions claires. Par exemple au sujet de l’aéroport de Notre-Dame des Landes.

Breizh info : Ou les migrants ?

Alain Avello : Lors de la dernière séance plénière du conseil régional, j’avais pris la parole et émis le vœu que la région Pays de Loire suive ce qu’a fait Steeve Briois à Hénin-Beaumont, c’est à dire devienne une « région sans migrants ». Je vais en faire bondir certains car je prends un concept marxiste, mais je considère que les migrants sont le lumpenproletariat de l’âge actuel du capitalisme, mondialisé et financier.

Breizh info : Et vous allez rechercher une permanence à Nantes ?

Alain Avello : Bien sûr ! C’est même une priorité absolue, et on a de bonnes pistes. Je veux recréer du lien militant, une fédération où les gens aient du plaisir à se retrouver, où ils entretiennent des liens amicaux entre eux. C’était un peu tombé à l’eau ces derniers temps, faute, notamment, de permanence.

Propos recueillis par Louis-Benoit Greffe

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