BPC : Gauthier Bouchet sur RiaNovosti

Interview de RiaNovosti, par Viktoria Issaïeva

— RiaNovosti : Nous avons une information selon laquelle Moscou n’a pas encore reçu la réponse de Paris sur la demande officielle, envoyée en décembre 2014, concernant la livraison des BPC Sébastopol et Vladivostok. Cependant, la Russie espère que l’on peut attendre la solution définitive cette semaine. Quelle est votre opinion ?

— Gauthier Bouchet : À mon sens et celui de mes camarades, les gouvernements français et russe ont une attitude très différente sur ce dossier.

D’un côté, la France montre explicitement au monde entier qu’elle n’est plus complètement souveraine sur le plan de sa politique étrangère. En effet, elle conditionne cette livraison au règlement de la crise russo-ukrainienne en cours dans le Donbass, selon différentes déclarations ministérielles, de Fabius à Le Drian, en passant par Valls, tous volontaires pour effondrer notre indépendance nationale.

De l’autre, la Russie, que l’on sait pourtant attachée aux principes d’une géopolitique réaliste, qui considère froidement les rapports de forces entre États, nous semble étonnamment patiente et conciliante. Et pourtant, depuis la suspension de livraison, en septembre dernier, le régime français ne cesse de la braquer. La France n’est pas en train de « temporiser » vis-à-vis de la Russie actuellement : elle se moque d’elle !

Voilà notre opinion : rien n’est fait comme il devrait, mais seule la France en paiera le prix, par son entêtement à ne pas livrer les Mistral. Vladimir Poutine a d’ailleurs déclaré, en avril dernier, que ne pas livrer ces bâtiments ne causerait pas de préjudices particuliers à la Marine russe, qu’elle pouvait très bien s’en passer, en qualité de deuxième marine au monde. Il n’a pas manqué d’ajouter que ce contrat avait alors été réalisé avant tout pour donner un peu d’air frais à l’industrie navale française, en grande difficulté, et pas spécialement compte tenu d’un besoin particulier de la Russie. Ces propos, pour légitimes qu’ils soient, achèvent de nous ridiculiser sur la scène internationale !

— RN : Quelles sont les solutions envisageables pour le moment ?

— GB : A priori, l’on se dirige de plus en plus vers une résiliation pure et simple du contrat entre la France et la Russie. La France devrait alors rembourser à la Russie les sommes déjà versées pour l’achat des deux BPC, en plus de lui verser de légitimes indemnités et de régler elle-même les frais d’entretien (ce que la Russie refuse à faire).

Reste à déterminer l’avenir de ces bateaux, qui selon cette hypothèse resterait incertain. Ceux-ci mouillent depuis des mois au port de Saint-Nazaire, et le climat social s’en ressent, avec la crainte d’un déclassement des Chantiers navals et de conséquences sur l’emploi, notamment dans la sous-traitance. Ils pourraient d’ailleurs peut-être partir en rade de Brest, où les coûts d’entretien seraient moindres, mais l’on n’en sait pas beaucoup plus.

— RN : Quelle solution serait la plus crédible, à votre avis ?

— GB : Avant de vous dire ce qui est le plus crédible, je vais déjà vous dire ce qui serait, selon moi, le plus souhaitable — pour la France — c’est-à-dire d’arrêter enfin de tergiverser comme nous le faisons depuis près d’un an, par simple allégeance aux intérêts géostratégiques américains, et de livrer ces deux bâtiments à la Russie…

C’est d’ailleurs le sens du combat que je mène, depuis août 2014, avec mon collègue Jean-Claude Blanchard, les élus et militants locaux du Front national, des responsables syndicalistes, travailleurs industriels et petits commerçants de Saint-Nazaire, au sein du comité « Mistral, gagnons ! », en faveur de cette livraison. Nous avons connu un premier succès d’estime lorsque, le 7 septembre dernier, devant le Vladivostok, nous avons réuni une centaine de personnes dans notre démarche, contre cinquante Ukrainiens de « No Mistrals for Putin » (« Pas de Mistral pour Poutine ») en face.

Maintenant, la solution la plus crédible en l’état, faute du volontarisme nécessaire de notre gouvernement, c’est probablement que, une fois la Russie remboursée de son investissement de 1,2 milliard d’euros, la France ait à chercher un nouvel acheteur.

Là commence les difficultés, car ces deux bateaux ne sont pas d’une classe Mistral « classique » si l’on peut dire, tels que ceux en service pour la Marine française (type Dixmude ou Tonnerre). En effet, nous les avons conçus pour la navigation arctique, avec notamment un système de dégivrage du pont, et des normes spécifiques à la Marine militaire russe, que l’on parle de l’infrastructure électrique ou du pont modifié, adapté aux hélicoptères Kamov.

Quant aux acheteurs potentiels, nous entendons beaucoup de choses depuis ces derniers mois. Il est difficile d’y voir clair. Différents États ont été cités, souvent parmi les Émergents : Chine, Indonésie, Égypte… Ni l’Union européenne, ni l’OTAN, tout en interdisant à la France de commercer comme elle le souhaite, ne se pressent pour leur part de faire une acquisition éventuelle de ces bâtiments.

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