Gauthier Bouchet : « Il y a quinze candidats contre moi »

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Entretien avec Breizh-info, publié le 1er juin 2017

La huitième circonscription de Loire-Atlantique regroupe les cantons de Saint-Nazaire Est, Ouest et centre ainsi que ceux de Savenay et de Montoir de Bretagne. A l’occasion de l’élection législatives qui se profile en ce mois de juin 2017, 16 candidats se disputent le poste de député.

Gauthier Bouchet, candidat du Front national, a répondu à nos questions. Rappel : tous les candidats souhaitant y répondre peuvent nous adresser un email sur contact@breizh-info.com

Breizh-info.com : Pouvez vous vous présenter à nos lecteurs ? Qu’est ce qui vous a amené à entrer en politique ?

Gauthier Bouchet : Je m’appelle Gauthier Bouchet, j’ai 29 ans. Je suis né à Nantes, mais je vis à Saint-Nazaire depuis quelques années. J’ai fait des études d’histoire à Nantes puis à la Sorbonne, jusqu’au doctorat.

Ce sont mon patriotisme, ainsi qu’un intérêt naturel pour l’histoire et les idées qui m’ont fait entrer en politique, vers l’âge de vingt ans, d’abord en tant que simple militant du Front national (FN), seul mouvement que j’ai jamais rejoint, et puis, progressivement, candidat à quelques reprises à des élections, finalement élu municipal (depuis 2014) et communautaire (2015) à Saint-Nazaire.

Breizh-info.com : Pourquoi avoir décidé de vous présenter sur cette circonscription ?

Gauthier Bouchet : Je m’y présente parce que j’y vis et que j’y suis élu — avec mes amis Stéphanie Sutter et Jean-Claude Blanchard — dans un conseil municipal, celui de Saint-Nazaire. Cette commune représente les deux tiers des électeurs inscrits de ma circonscription, bien qu’elle ne puisse pas cependant s’y réduire. Cette circonscription (la huitième de la Loire-Atlantique, donc) regroupe en effet treize communes, certes de la région nazairienne, mais aussi un fragment de Brière, des petites villes de l’Estuaire et du Sillon, de quelques centaines ou milliers d’habitants, parfois éclatées en une multitude de bourgs ruraux.

Avec quelques camarades, je me rends depuis sept mois dans les treize différentes communes pour militer — boîtages, collages… — deux à trois jours par semaine, et même sept jours par semaine depuis la mi-mai. On y rencontre la nature et des gens souvent bien sympathiques, rarement indifférents, car ils ne voient pas souvent de militants politiques faire du « terrain ». Pour ma part, j’aime le terrain.

Dans ce combat, je fais équipe avec Lydia Poirier, ma remplaçante. Je suis fière de ce binôme, que je forme avec une élue municipale de Trignac, connue et appréciée d’une grande partie de la population de sa commune.

Breizh-info.com : Vous êtes conseiller municipal de Saint-Nazaire, quel bilan tirez vous de votre expérience à ce poste ? Si vous êtes élu député, démissionnerez vous de votre mandat ?

Gauthier Bouchet : Être élu local figure sans doute parmi les expériences les plus enrichissantes qui soit donnée d’être vécue pour un responsable public. C’est une excellente école de responsabilité et d’humilité. Un conseil municipal, quelle que soit sa taille, n’est pas une tribune, et l’on ne peut y être démagogue. Les mots que l’on y prononcent doivent y être pesés, et justifiés, car derrière eux se trouvent finalement le mandat du peuple, et sa confiance, qui obligent ceux qui les prononcent.

Si je suis élu à l’Assemblée nationale, je demeurerais conseiller municipal. En revanche, je démissionnerais du conseil communautaire, ce qui permettra à ma collègue Stéphanie Sutter d’y rentrer.

Breizh-info.com : Quelles sont les principales mesures législatives que vous voudriez faire voter en tant que député ? Et celles contre lesquelles vous vous battriez ?

Gauthier Bouchet : Avant tout, je veux faire passer la priorité nationale du statut de projet à celui de réalité politique. Je suis très attaché à ce mètre-étalon du programme du Front national, par lequel notre mouvement avance que les Français, chez eux — en France — doivent être prioritaires sur ceux qui ne sont pas Français, dans les domaines de l’accès au logement, à la protection sociale et aux emplois. C’est la certitude de la pertinence politique, et même philosophique, de cette même priorité nationale qui m’a toujours donné la foi dans le bien-fondé de mon appartenance au FN.

Je suis également attaché à remettre en place un État aménageur et stratège partout où il doit être nécessaire, notamment, dans le domaine économique. Je serais attentif au fait que la puissance publique reprenne le contrôle au moins partiel — 51 % des capitaux — d’un certain nombre d’infrastructures stratégiques, engageant notre souveraineté. Ce serait le cas, selon moi, dans le département de la Loire-Atlantique, des chantiers navals de Saint-Nazaire.

Député, je me battrais principalement contre les transferts de souverainetés et de compétences aux institutions européennes, les atteintes à notre identité et tout ce qui peut amoindrir la capacité des Français à être maîtres chez eux : cela est divers mais cela n’est pas vague pour autant.

Si je suis élu député, je ne démissionnerais pas de mon mandat au conseil municipal. Si je considère que le poste de « député-maire » est une sorte de contradiction en soi, un député étant par définition un élu de la Nation, un maire celui d’une commune, je ne pense pas que cette contradiction existe, s’agissant de l’association d’un mandat de député et de conseiller municipal, qui plus, est, d’opposition.

Breizh-info.com : Quel regard portez vous sur l’élection d’Emmanuel Macron ? Et sur la crise qui semble parcourir le Front national à l’heure actuel ?

Gauthier Bouchet : J’attends de voir, bien sûr. Mais je suis sans illusion particulière. J’observe qu’Emmanuel Macron a validé le slogan du Front national sur l’UMPS, devenue RPS. Ce n’était jusque-là qu’un bon mot, cela devient une réalité politique, avec cette ouverture à droite aux allures de cohabitation. En adepte des Grandes coalitions à l’allemande, Emmanuel Macron réalise enfin ce gouvernement central, associant socialistes, le centriste rallié François Bayrou et, tout de même, trois cadres de droite, dont Edouard Philippe, Premier ministre.

C’est tactiquement brillant… mais cela sera désastreux pour la France. C’est la preuve de l’existence de ce système que le FN dénonce depuis des décennies.

Quant à la situation du FN, au terme de l’élection présidentielle, il me semble excessif de la considérer comme une crise. Nier qu’il ne se passe rien serait aussi excessif. Mais, logiquement, notre formation connaît une sorte de ressac post-électoral. A défaut d’une victoire de Marine Le Pen, le seuil symbolique des 40 % était pour beaucoup d’entre nous un objectif à atteindre. Nous n’y sommes pas encore. Mais cela viendra en son temps… En tout cas, cette effervescence autour des différentes sensibilités au sein du FN doit être contenue durant la campagne législative, car l’objectif premier est d’avoir un maximum de députés.

Viendra ensuite un temps de refondation du mouvement, lors du prochain congrès, début 2018. Ce travail collectif aboutira, je l’espère, à ce que le FN prenne en compte de manière plus affinée les aspirations de nos électeurs et, au-delà, des Français, en termes de défense de notre souveraineté et de notre identité : l’une ne va pas sans l’autre, et inversement.

Breizh-info.com : Un mot sur vos concurrents dans cette circonscription ?

Gauthier Bouchet : Il y a quinze candidats contre moi.

Symboliquement, c’est avant tout la gauche que je combats, représentée localement par Laurianne Deniaud, membre du Parti socialiste, première adjointe au maire de Saint-Nazaire. Rationnellement, tout me pousserait à l’ignorer, puisque même si cette dame, par magie, venait à doubler ses voix par rapport à celles obtenues par Benoît Hamon dans la circonscription, elle ne serait en fait même pas certaine de se qualifier au second tour de cette élection législative. Et cependant, je la considère comme mon adversaire la plus sérieuse, parce qu’elle incarne tout que je réprouve le plus en politique : c’est le socialisme doctrinaire, vide dans les discours mais nocif dans la pratique.

De toute évidence cependant, c’est la candidate d’En marche, Audrey Dufeu-Schubert, qui risquerait d’être qualifiée, et de représenter une majorité de l’électorat de gauche. Elle va le siphonner, en y annexant l’électorat centriste. De cette personne, je n’ai pas grand-chose à dire, sinon qu’elle représente par l’exemple la moyenne du candidat En marche : côté positif, c’est une vraie personnalité de la société civile, une jeune femme sans passif politique, côté négatif, pour former un « ticket » attractif, elle s’adjoint les services d’un suppléant UDI, conseiller municipal vaguement droitier, d’un libéralisme caricatural — notamment sur les questions d’économie touristique et de logement — et qui est revenu de tout, passant de Sarkozy à Juppé, de Juppé à Macron… Au final, le visage lisse de ma concurrente d’En marche est donc terni.

J’observe aussi que, comme partout en France, la gauche radicale et communiste part divisée : unie durant la présidentielle sous la bannière de Jean-Luc Mélenchon, mais dispersée localement entre deux candidatures, France insoumise et PCF. Je pense que la première formation va tirer son épingle du jeu, écartant les communistes du second tour. J’avais déjà pressenti ces divisions à venir dès mars-avril. Par exemple, sur les panneaux des Halles de Saint-Nazaire, France insoumise recollait par-dessus des affiches… communistes, et vice-versa, alors qu’ils soutenaient officiellement le même candidat. Cela en disait déjà long sur leur rivalité. Et finalement, cette intuition au doigt mouillé était véridique. Elle prouve aussi autre chose, qui est la validité des expériences militantes de terrain et d’un militantisme réel et régulier : il ne suffit pas de consulter Twitter pour « sentir » une campagne !

Au final, selon moi, cela fera probablement une victoire du Front national, après une triangulaire En marche-France insoumise-Front national, à la condition d’une abstention moyenne ou faible, en dessous de 35 %. Je souhaite naturellement qu’elle soit la moins élevée possible, qu’un maximum de gens aillent voter, quel que soit leur candidat d’ailleurs : mais qu’ils votent. Et cela, je le dis sans arrière-pensée, simplement par esprit républicain.

Les autres candidats sont anecdotiques, inexistants, inaudibles. Au passage, la gauche est d’autant plus « plurielle », localement, qu’elle est aussi représentée par le Parti radical et Europe écologie-Les Verts.

Quant à la droite, elle est tombée à 13 % au niveau de la circonscription, en recul depuis quatre points depuis la dernière législative. Dans la région nazairienne, la droite a un vrai problème d’incarnation depuis quinze ans, si ce n’est de charisme. En gros, elle n’a plus ses meneurs du passé, que pouvaient être par exemple, Joël Gicquiaud ou Étienne Garnier, quoi que l’on pense d’eux. La candidate républicaine actuelle n’incarne rien, elle est peu militante, mal organisée, en plus d’être incroyablement distraite au conseil municipal, dans sa parole publique ou dans sa communication… Sans être parfait moi-même, je ne suis pas pataud comme elle l’est depuis trois ans, dans son mandat d’opposition à Saint-Nazaire. J’invite donc ses électeurs à se reporter dès le premier tour sur le seul vote utile : s’ils veulent la liberté dans l’ordre, un État protecteur sans être intrusif, ils peuvent voter dès le 11 juin pour le Front national.

Breizh-info.com : Que lisez vous actuellement ? Quels films regardez vous ?

Gauthier Bouchet : J’ai l’habitude de lire plusieurs livres en même temps. Actuellement, comme souvent, je lis beaucoup de livres d’histoire et de politique.

L’issue de l’élection présidentielle m’a poussé à commencer Révolution d’Emmanuel Macron, que j’avais acheté il y a quelques mois, sans pour l’instant l’ouvrir. Une fois passées les belles premières pages sur le parcours provincial et méritocratique de Macron, on en arrive à son programme, qui est, je le trouve, tout à fait détestable. Mais au final j’avais plutôt dans l’idée qu’il n’avait pas présenté son projet avant un moment assez tardif de sa campagne. Au final, son livre est, plutôt, un livre-programme.

Dans le même temps, je lis d’autres livres. J’en suis au début d’une Histoire des gauches en France (1940-1974) de François Dreyfus, livre un peu touffu, qui s’attarde sur le récit des différentes élections, majorités, et gouvernements : comme j’en suis à la partie sur la Quatrième République, c’est illisible… et cela se rapproche d’ailleurs un peu à la politique de maintenant, avec les histoires d’apparentements. J’ai récemment acheté, un peu sur un coup de cœur, une biographie de Rol-Tanguy, ce résistant communiste libérateur de Paris, qui en dépit de son oeuvre durant la Deuxième guerre mondiale, ne fut ni aimé de l’armée… ni des communistes, qui en étaient jaloux ! Je termine également un livre davantage lié à ma thèse, concernant la symbolique et l’imagerie impériale sous Napoléon III ; ma thèse concernant une histoire du royalisme légitimiste, j’y trouve quelques éléments de réflexion.

Je ne regarde plus de films depuis quelques mois car mon lecteur DVD est cassé. Et dans la mesure où je ne télécharge pas, je ne peux voir actuellement que ce qui est disponible en streaming, c’est-à-dire au final pas grand-chose. Ceci étant, j’aime beaucoup la science-fiction, et notamment la SF de dystopie (utopies négatives) qui a souvent un fort arrière-plan social… voire politique. Certaines de ces œuvres de SF ont même eu une influence sur moi, comme Les Fils de l’homme d’Alfonso Cuarón, puissant récit prospectif d’un monde soumis au chaos migratoire et terroriste.

Breizh-info.com : Le mot de la fin, pour nos lecteurs et vos électeurs.

Gauthier Bouchet : Je remercie Breizh-info de m’accorder cet entretien. Votre site renouvelle ici une pratique qu’il avait entrepris au moment de l’élection départementale de 2015, scrutin auquel je me présentais (dans le premier canton de Saint-Nazaire). Je lui suis reconnaissant d’avoir renouvelé ce rendez-vous.

Avec Breizh-info, la clarification, la mise au point, l’explication sont souvent permises. Beaucoup de patriotes trouvent ici un relais dont ils ne pourraient bénéficier dans la presse quotidienne régionale, tant nos propos y sont raccourcis, voire parfois déformés. Je lis régulièrement — pas quotidiennement, mais assez souvent — vos colonnes, l’aspect fait-diversier me plait autant que vos articles de fond, sur l’histoire et la politique, notamment, et au final, cette coexistence des sujets est habile.

J’aime retrouver ici un média alternatif de qualité, qui se complète bien, je trouve, avec TVLibertés, ce « nouvel audiovisuel », comme il s’intitule avec justesse.

J’appelle mes électeurs, et ceux qui ne le sont pas encore, à réfléchir sur les enjeux des 11 et 18 juin prochains. S’ils veulent une véritable alternative patriote à l’Assemblée nationale, face à la politique d’Emmanuel Macron et au gouvernement d’Édouard Philippe, ils peuvent compter sur Marine Le Pen et le Front national pour l’incarner. Ils peuvent donc, localement, compter sur moi pour représenter cette même alternative, dans le futur groupe FN que je constituerai avec mes collègues.

Propos recueillis par Yann Vallerie

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