La CNDP a convoqué un de nos élus pour justifier l’opinion du groupe sur NDDL

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Compte rendu de Pascal Nicot, conseiller régional des Pays de la Loire

Pour le groupe Front National-Rassemblement Bleu Marine représenté devant cette commission, le projet de transfert d’aéroport de Nantes Atlantique vers Notre-Dame-des-Landes constitue une erreur à quatre titres : une erreur économique et d’aménagement du territoire, une erreur environnementale, une erreur contractuelle, financière et budgétaire, une erreur sur la plan démocratique et politique.

Erreur sur le plan économique

Les partisans du transfert appuient leur soutien sur la supposée saturation de l’aéroport actuel de Nantes Atlantique. Or, cet aéroport qui n’est que le neuvième au plan national en termes de nombre de passagers (4,2 millions en 2015), n’est absolument pas saturé.

Il n’est pas saturé par le nombre de rotations d’atterrissages et de décollages qu’il autorise. Il n’est pas saturé non plus en matière d’accueil et de confort des voyageurs, puisque la plateforme aéroportuaire peut être étendue en rajoutant des comptoirs d’enregistrement notamment si cela venait à être nécessaire. Il faut savoir que plusieurs aéroports européens accueillent beaucoup plus de passagers en n’utilisant qu’une seule piste. C’est le cas de Genève et de Stuttgart pour ne citer qu’eux avec des fréquentations bien supérieures, à 10 millions de passagers.

L’aéroport de Nantes Atlantique n’est tellement pas saturé qu’il est même utilisé comme aéroport de dégagement par les exploitants de vols long-courrier, parce qu’il ne présente pas de risques d’attentes dus à l’engorgement de l’aéroport !

Enfin, le développement des compagnies low cost qui drainent une clientèle importante sur des vols courts et moyens courriers peut s’envisager en utilisant par exemple l’aéroport d’Angers Loire, à Marcé, qui est de plus particulièrement bien desservi par la route et le rail.

Quand ce projet a vu le jour, il s’agissait d’accueillir l’avion supersonique Concorde, dont l’exploitation est arrêtée depuis plus de quinze ans. Sans entrer dans de trop grands détails, l’évolution de l’économie du transport aérien pousse à la création de grands hubs pour les vols long courrier (En France, Roissy et dans une bien moindre mesure Nice Côte d’Azur) et du développement de liaisons point à point pour le court et moyen-courrier (jusqu’à quatre heures de vol). Enfin, les liaisons ferroviaires rapides type TGV sont les plus adaptées en matière de coût et de temps pour les distances de quatre cents à cinq cents kilomètres, distance qui sépare Nantes de Roissy. Il est donc hélas bien difficile de prévoir un avenir radieux pour la plateforme de Nantes, qu’elle se situe à Nantes Atlantique ou à Notre-Dame-des-Landes.

Erreur sur le plan de l’aménagement du territoire

Ce projet de transfert, si il voit le jour, va accentuer l’effet de métropolisation de Nantes au détriment des territoires ruraux souvent délaissés de notre région et de la Bretagne. La plateforme aéroportuaire installée à Notre-Dames-des-Landes entraînerait l’incorporation de nouvelles communes à la métropole nantaise, renforçant ainsi son emprise politique et économique et accroissant significativement la fiscalité locale de communes qui ne verraient que passer les avions. Il faut savoir que la taxe foncière des communes métropolitaines a déjà bondi de plus de 800 %, et la taxe d’habitation de l’ordre de 19 % entre 2015 et 2016.

On nous dit que le transfert va créer énormément d’emplois. D’abord, il s’agira essentiellement d’emplois pendant la période de construction de l’aéroport, emplois qui seront pourvus essentiellement par des travailleurs détachés au détriment des emplois locaux. C’est ce que l’on constate sur la quasi-totalité des grands chantiers d’infrastructure (les LGV en constituent des exemples récents).

Erreur sur le plan économique et environnemental

Passons rapidement sur le rapport de la Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL). Celui-ci, remis au préfet de Région en 2014, et qui avait été enterré pendant un an et demi, précise que « l’allongement de la piste de Nantes-Atlantique ne présente pas de risques pour la faune de la réserve naturelle de Grand Lieu, mais qu’au contraire elle garantit la préservation des zones humides de la ceinture verte de l’aéroport ».

Le transfert à Notre-Dame-des-Landes détruirait des centaines d’exploitations, de zones agricoles de bocage d’un intérêt environnemental et patrimonial majeur, sur une surface de 20 kilomètres carrés environ.

Erreur sur le plan contractuel, financier et budgétaire

Le contrat de concession à Aéroport du Grand Ouest (AGO), filiale du Groupe Vinci à 85 % est caractérisé, c’est le moins que l’on puisse dire, par une grande opacité. Notamment, les annexes du contrat ne sont pas accessibles à la population amenée à se prononcer lors de la consultation du 26 juin 2016.

Pourquoi la société Vinci, si elle croit à ce projet, ne le finance-t-elle pas seule sans avoir recours aux financements publics (Etat et collectivités) ?

La concession à AGO est signée pour cinquante-cinq ans, ce qui signifie que tous les travaux à venir (agrandissement notamment) se feront sous le diktat de Vinci, qui imposera ses prix. C’est ce que l’on observe pour tous les projets passés et actuels conclus en partenariat public-privé (PPP).

Enfin et surtout, les coûts d’infrastructures ferroviaires et routières nécessaires à la desserte de la plateforme de Notre-Dame-des-Landes (de 3 à 4 milliards d’euros) ne sont jamais évoqués. Ces infrastructures seront financées par les collectivités territoriales et obéreront les capacités des départements et des régions pour financer les travaux de développement routier ou du rail nécessaires au désenclavement des territoires ruraux ainsi que la suppression des zones blanches et grises numériques et téléphoniques, véritables freins au développement économiques de ces zones.

Enfin erreur sur le plan politique et démocratique

Les contributeurs au projet (c’est-à-dire notamment les contribuables des régions Pays de la Loire et Bretagne) ne sont que très partiellement consultés (seuls les habitants de Loire Atlantique sont invités à la consultation de la fin juin). Comment ne pas considérer que le reste des habitants contribuables est méprisé. Nous pensons en particulier aux Sarthois, qui utiliseront peu Notre-Dame-des-Landes, puisque les aéroports parisiens sont plus accessibles pour eux.

C’est donc, pour le FN-RBM, un projet inutile, dangereux sur le plan environnemental et financier et mené de façon peu démocratique. Un cas d’école de ce qu’il faut désormais éviter.

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