La force tranquille du Front

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Tribune libre

Pas de langue de bois : dans cette région — intouchée, avec ses cinq départements, lors de la réforme administrative de 2014 — d’identité essentiellement rurale et de tradition catholique, longtemps épargnée (ou d’avantage épargnée) par l’immigration et l’insécurité, le Front national a longtemps été plus à la peine que partout ailleurs, coincé qu’il est entre la gauche, le centre et la droite fortement ancrés dans ce longtemps tranquille paysage politique. La Région, passée à gauche aux régionales de 2004, a été conservée par le PS et ses alliés à celles de 2010. Ce ne devrait pas être le cas en 2015, la droite et le centre ayant conquis quatre départements sur cinq aux élections départementales de 2015.

Rééditer le succès — historique — des départementales

Et dans ce contexte particulier et difficile, le FN et ses candidats ont longtemps été marginalisés, du Perche à Nantes et de la Vendée au Mans, avant, là comme ailleurs, de remonter spectaculairement la pente :

  • Aux régionales de 2010, le Front n’enregistre que 7,05 % des suffrages, se classant quatrième, n’obtenant évidemment aucun élu, et ne s’approchant de la barre des 10 % que dans la Sarthe.
  • A la présidentielle de 2012, les choses commencent à bouger, Marine Le Pen obtenant 14,39 % (contre 17,90 % au niveau national) et se classant troisième, se payant le luxe de battre François Bayrou dans ces terres « centristes modérées », qui mettent François Hollande et Nicolas Sarkozy en tête et quasiment ex-aequo à 28 %.
  • Aux élections européennes de 2014, la liste « Bleu Marine – Non à Bruxelles, Oui à la France » confirme la montée du parti : cette fois-ci, il est deuxième avec 19,49 %, talonnant l’UMP (19,99 %) et battant nettement le PS (14,96 %).
  • Enfin, aux élections départementales de mars 2015, le Front a enregistré le score historique — et particulièrement significatif pour des élections de ce type — de 21 %.

Le sondage BVA/PQR publié le 23 octobre donne la troisième place au Front au premier tour des régionales, avec 16 %. La coalition LR/UDI/MoDem arrivant en tête avec 36 % d’intentions de vote, suivie du PS/PRG à 23 %. Au deuxième tour, toujours selon BVA, le FN monterait à 18 %.

Le résultat peut paraître modeste, c’est en tout cas le plus modeste de ceux promis à ce jour au FN dans l’ensemble des régions françaises. Mais il représente encore une progression par rapport à la percée des européennes de l’an dernier : le Front commence à imposer le tripartisme dans cette chasse gardée des partis du Système. Et de fait, le second tour est acquis.

La tête de liste régionale du Front, Pascal Gannat, est implantée dans la Sarthe dont il dirige la fédération FN. Il a été l’artisan du succès des départementales. Il a lui-même obtenu 39% des voix au second tour dans le canton de Château-du-Loir, dans la Sarthe. Et il mène une active campagne régionale. Active et pugnace : il a annoncé son intention d’établir une liste nominale des élus régionaux accueillant des migrants, ce qui a fait quelque bruit dans cette paisible région. Il rappelle à l’électorat « légitimiste » de Vendée et des Pays de la Loire la trahison de Bruno Retailleau, chef de file LR/UDI/MoDem, vis-à-vis de Philippe de Villiers, dont il fut le dauphin avant de le supplanter de la région en s’alliant avec l’UMP. Pascal Gannat mène aussi campagne contre la réforme de l’enseignement niveleuse de Najat Vallaud-Belkacem, et contre l’islamisme : des thèmes qui résonnent dans une région où le catholicisme imprègne encore nombre de consciences.

Avec ces axes de campagne, Pascal Gannat compte bien renouveler la performance des départementales, c’est-à-dire franchir la barre des 20 % et faire entrer 15 à 20 élus FN au conseil régional en décembre.

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