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|| Convention nationale des Jeunes avec Marine, 18 février 2012, Lille

LILLE — En parallèle à la Convention présidentielle de Marine Le Pen, les « Jeunes avec Marine » (LJAM), collectif de soutien jeune à la candidate, faisaient leur première réunion nationale depuis les Journées d’été de septembre 2011, à Nice. Créés l’an dernier, fortement implantés sur Internet — cinq mille « fans » revendiqués sur le réseau social Facebook — mais touchant aussi au militantisme réel, façon agit-prop, entre actions coup de poing sur le thème des « banksters » de la BNP, les primaires socialistes ou le renflouement de la dette grecque, les Jeunes avec Marine constituent la variante électorale du Front national de la jeunesse traditionnel, le temps d’une campagne. Leur président, Julien Rochedy, 24 ans, est d’ailleurs le porte-parole du FNJ. Il était samedi dernier l’un des orateurs de la Convention « Nouveau souffle », devant plusieurs centaines de militants et sympathisants. Argument décisif pour rallier un maximum de jeunes patriotes autour de cette manifestation, la présence de Jean-Marie Le Pen, président d’honneur et fondateur du Front national. Ces jeunes militants, quinze sur l’estrade, cinq à la tribune, se montrent aussi sous le regard de leur présidente, Marine Le Pen, et d’un certains nombres de cadres « historiques » du mouvement, dont Alain Jamet.

Vers 10 heures 30, ces « Jeunes avec Marine » en provenance des quatre coins du pays, se retrouvent une première fois à la boutique, en attendant l’ouverture de l’amphithéâtre Pasteur où se tiendra leur Convention nationale. Perceval Noët, 21 ans, est leur chef de file sur Paris. Il prononcera dans moins d’une heure l’un des discours de cette grande réunion de jeunes patriotes. Évoquant le mouvement sous les traits d’une « fratrie », il parle aussi d’un militantisme « aux mille visages », ceux rencontrés au gré des différentes actions de terrain : collages, tractages et boîtages, le triptyque usuel et souvent quotidien de tout militant FN. Des crochets viennent rappeler là où il faudra mettre l’emphase, à l’oral. Perceval pioche ses références personnelles dans le républicanisme avancé, plus proche cependant de Robespierre — cité implicitement par Marine Le Pen dans son discours du 1er-Mai, l’an dernier, en tant que « grand révolutionnaire » — que de Condorcet. Son discours sera donc largement axé sur la défense de la République, qui n’est pas indépendante, selon lui, de celle de la Nation.

Juste avant 11 heures, entre une foule de journalistes que l’on avait pas forcément eu l’habitude de voir aux rendez-vous de la jeunesse du FN, qui sont normalement plutôt le parent pauvre de la couverture médiatique du mouvement. Sur scène, en-dessous de l’immense fond aux couleurs du « Nouveau souffle » censé être insufflé par la jeunesse frontiste durant cette campagne, et qui est la devise de cette convention, quelques visages connus de cette jeunesse avec Marine Le Pen. Kévin Sorret, Marine Grolet, Raoul Biondi, Julia Abraham et une dizaine d’autres militants, sont des « encartés » souvent anciens (quelques années) au Front national et des militants actifs de son mouvement de jeunesse, le FNJ, représentants locaux de celui-ci, souvent croisés dans les grandes manifestations du style des Journées d’été de Nice. En mars 2011, certains furent candidats de Marine Le Pen aux élections cantonales. Certains le seront de nouveau aux législatives de juin prochain, avec la perspective d’un second tour très médiatique, eu égard à leur âge.

Le « couplet des enfants » (« Nous entrerons dans la clairière quand nos ennemis ni serons plus ») de La Marseillaise accompagnera la fin de la Convention jeune. Si le chant de l’hymne national français est habituel, et même rituel, au sein des manifestations du Front national, celui d’un couplet en particulier est moins commun cependant. Il revêt souvent une démarche individuelle où celle d’un petit groupe, qui pense y trouver les moyens de davantage d’émulation militante. Jean-Marie Le Pen, président du Front national, aimait pousser jusqu’à « Liberté, liberté chérie » et au-delà, pour terminer certains meetings de sa dernière campagne présidentielle, en 2007. Parfois, l’originalité réside aussi dans le choix d’une autre chanson. Ainsi, les Jeunes avec Marine, s’ils rompent avec Les Lansquenets (l’hymne du FNJ), rajoutent dans leur répertoire des JDT Le Chant du départ, hymne révolutionnaire « rival » et plus ostensiblement républicain (« La République nous appelle, sachant vaincre ou sachons mourir ») que La Marseillaise. Un Chant du départ d’ailleurs repris  en paroles, sans le chanter  par Marine Le Pen dans son discours du lendemain, au terme de la Convention présidentielle, aux côtés de références à la Commune de Paris, notamment.

L’exercice de la parole

Si Perceval Noët révise son ode personnelle à la République en coulisses, un discours pratiquement lu à la lettre, certains militants qui vont parler à la tribune ne s’en sentent pas le besoin. D’autres vont totalement improviser. Parfois la forme va supplanter le fond et donner lieu à la dénonciation-spectacle de tout le champ politique, hors Front national, suscitant alors les applaudissements d’une foule très nombreuse. Sous le regard attentif de Marine Le Pen, au premier rang. Mais aussi celui, plus discret, et dans les derniers rangs, de David Rachline, l’ancien coordinateur national du Front national de la jeunesse, bâtisseur de la dynamique des « Jeunes avec Le Pen » lors de la campagne présidentielle de 2007. Tous les jeunes qui vont se succéder au pupitre sont, quelque part, les talents décelés hier par Rachline, à une époque où le FNJ cherchait à se reconstruire pratiquement de zéro. Beaucoup de chemin a été parcouru depuis.

Nicolas Reynès, la petite vingtaine, est un cadre local du FNJ, militant nordiste, arrivé de l’Hérault. Son ton lent et posé laisse imaginer, peut-être, un peu de tension. Il tient en réalité au fait que Reynès, du début à la fin de son discours, improvise intégralement, sans fausse note ni hésitation. Juste un peu de réflexion. Les mots, pourtant, sont semblables à un discours cohérent et âprement ressenti. Il y a dans le personnage militant Nicolas Reynès, l’intransigeance sur les valeurs, manifestée de manière inhabituelle, pour un responsable FNJ, par des écrits personnels et réguliers. Si les blogs et les sites Internet ne sont pas communs chez les jeunes du Front national, Reynès fait exception en livrant sa vision personnelle du monde  et de « sa » France  sur un terrain virtuel aux couleurs des trois cents Spartiates des Thermopyles. Nicolas Reynès se passionne pour l’Antiquité gréco-romaine et y voit, dans des tribunes du type « Nous et les Grecs », le socle civilisationnel de l’Europe, quelque chose dont il faudrait se rapprocher. Cet horizon intellectuel fait le fond de sa pensée. Un peu de maîtrise technique sur Internet habille la forme, sur le design de son espace personnel, de rangées de bibliothèques qui renvoient, de fait, à son quotidien de lecteur. Reynès aime la lecture et l’histoire, quitte à se projeter dans des modèles qui ne sont pas strictement français. Mais l’esprit est éclectique, et, aussi bien féru d’astronomie que de paléontologie, rompt radicalement avec l’image du sympathisant FN inculte ou fermé sur lui-même.

Que peut-on dire dans un discours improvisé ? Pour Nicolas Reynès, il s’agit avant tout d’exalter les valeurs militantes traditionnelles. Le « courage » devient « une vertu, car on n’en parle pas, on le pratique. » La « fierté » et la « dignité » sont également évoquées, entre autres facettes d’un engagement global, dans l’abnégation au minimum, sacrificiel au besoin. Le jeune nordiste n’a pas besoin de notes et l’avait déjà prouvé, en décembre 2011, dans un débat télévisé sur le thème de Roger Salengro, où il avait d’ailleurs évoqué la prescience de ce ministre de la Troisième République quand à la question de la priorité nationale, proposée au Parlement dès 1931.

Paul-Alexandre Martin, deuxième orateur, est une figure connue de la jeunesse frontiste depuis un an et demi, où il travaille à la Direction nationale, œuvrant à une mission qui n’existe plus officiellement dans l’organigramme du FNJ, mais qui en réalité, même par l’implicite, demeure fondamentale pour ce mouvement en reconstruction : le lien avec les différentes fédérations locales. Le FNJ en revendique quatre vingt. Toutes, plus ou moins, ont bénéficié ce dernier semestre du soutien de Paul-Alexandre Martin, entre appui technique et formation doctrinale. Paul-Alexandre Martin, c’est « Paulo », pour l’immense majorité de ses camarades, celui qui rédige une grande partie des argumentaires du FNJ. Son dernier en date porte sur le protectionnisme. Paul-Alexandre revendique un « logiciel natio », selon ses termes, définitivement acquis depuis plusieurs années maintenant, mais bâti, après la victoire de Nicolas Sarkozy, dans le sillage du syndicat étudiant UNI, dont il ressort désabusé après quelques mois.

Dans son discours d’une dizaine de minutes, Paul-Alexandre Martin insiste beaucoup sur l’aspect sociétal de la décadence critiquée par Marine Le Pen, lorsqu’elle évoque le « Système ». Pour lui, « Nos politiques ont ouvert la voie du tout-nivellement (…) refusant la sélection et la culture des acquis. » Ses références sont multiples et recherchées, intégrant l’histoire de France dans une histoire européenne mythifiée, contre-modèle de l’« Europe de Bruxelles « , lorsqu’il évoque une symbolique large, du siège d’Alésia, alégorie de la résistance gauloise aux légions de César, à la Ligue de Délos, coalition politique et commerciale à l’initiative de l’Empire athénien. Plus que ces camarades, Paul-Alexandre Martin évoquera la liberté : « Nous aimons la liberté, cette liberté porte le nom de Marine Le Pen. »

Maxime Ango-Bonnefon prendra ensuite la parole. Il se reconnaît sans hésiter dans le mot d’ordre du Front national : accepter l’histoire de France comme un bloc, ne rien occulter. La grandeur de la France est donc pour lui celle de sa monarchie millénaire ou de l’empire de Napoléon. Mais il rend aussi honneur aussi « grands présidents » (deux fois répété), sans préciser lesquels. Un peu à part, ce militant a la double-casquette de « Jeune avec Marine » et de responsable, à la Direction nationale des grandes manifestations (DNGM) de la « Tournée Marine 2012 », ainsi le proclame un blouson qu’il porte souvent en meeting, durant l’installation des salles. La première partie de son intervention est très différente de celle de ces camarades, se voulant plus technique et pédagogique, en revenant sur le statut du Front national de la jeunesse aux côté des Jeunes avec Marine, et se montrant rassurant : « Le FNJ s’efface un peu le temps de la campagne. » Le mouvement de jeunesse traditionnel du FN choisit donc de s’oublier quelques mois au profit d’un militantisme plus tourné vers les « happenings ». Mais sans oublier les réunions régulières de formation, comme chaque mercredi, à Paris, « où l’étudiant en médecine côtoie l’artisan peintre ». L’« esprit des Jeunes avec Marine », selon ses termes, reste celui initial des jeunes du Front national : « Ordre, discipline, travail, morale et vertu. Sans parler du sens du bien commun cher à grands rois. »

C’est certainement le discours le plus « vécu » parmi tous ceux qui se succèdent ; Maxime Ango-Bonnefon dressant le bilan des grandes victoires françaises, de même que ses moments tragiques, les hissant à un même rang sur le terrain de l’honneur. Lorsqu’il évoque la mémoire des Harkis, la foule ne peut manquer d’approuver, et lui de hausser la voix, se livrant à une harangue sans notes contre ceux qui, par le passé, ont abandonné les combattants restés solidaire à la France face au Front de libération nationale (FLN). Mais les applaudissements sont trop fournis et la partie la plus intéressante du discours de Maxime en devient de fait, paradoxalement, peu audible.

Julien Rochedy a logiquement la charge du speech de fin. Pendant une demi-heure, il balaie le spectre de ses adversaires politiques ; les partis comme leurs jeunes, de l’UMP au MJS, des Jeunes populaires de Lancar à Bayrou le « faux démocrate », cible d’une récente campagne le parodiant en rocker mou. Sachant réserver le meilleur pour la fin, Julien Rochedy évoque également l’ « excellente nouvelle, qui (lui) brûles les lèvres : en deux mois, le FNJ a gagné deux mille membres. ». En passant de huit mille à dix mille adhérents, sans compter les sympathisants, le FNJ devient en conséquence « majoritaire », gardant de plus, à l’image de son mouvement-mère, le FN, une constante ni droite-ni gauche (« Ils (le « système UMPS ») nous positionnent à l’extrême droite. Menteurs ! Nous sommes des non-alignés ! »).

Jamais de discours lu à la lettre et anonné pour Julien Rochedy. Aux JDT septembre dernier, Julien Rochedy, plutôt que d’un discours, parle de « causerie » et se livre en fait à une intervention totalement improvisée sur le thème qu’il maîtrise le mieux, jusqu’à en avoir fait le sujet d’un ouvrage – Le Marteau, déclaration de guerre à la décadence moderne – la décadence de nos sociétés. Julien Rochedy a aimé le « bal de Vienne » où s’est rendue en janvier dernier Marine Le Pen, l’a déjà fait savoir sur Internet (« J’y serai bien allé, moi, à ce bal« ) et rappelle sa position devant ses camarades, ne s’étonnant pas que les associations anti-racistes s’en offusquent, car, dans ce type de bal « il n’y a pas de rap, et Yannick Noah ne vient pas chanter ses tubes ». Ses cibles ne sont pas que ces « collègues » des mouvements de jeunesse, Rochedy renvoyant la journaliste Anne-Sophie Lapix à ses cours d’économie, et disant du « petit Thomas Sotto » et d’autres journalistes qu’ils trouvent en Marine Le Pen « le moyen d’une guerre politique, sans mandat toutefois, sinon celui des groupes financiers qui dirigent leurs télévisions et leurs radios« 

A 12 heures 05, la présentation « en direct » de la nouvelle campagne d’affichage des Jeunes avec Marine, succédant à Choisis ta France (novembre 2011), se veut le point d’orgue du discours de Julien Rochedy. Le visuel, diffusé en fond de salle, reprend La Liberté guidant le peuple, célèbre tableau de Delacroix, retravaillé en noir et blanc, si ce n’est le drapeau tricolore et la chevelure blonde de son égérie, rappelant celle de Marine Le Pen. Le message est explicite : « La Résistance, c’est nous, avec Marine Le Pen« . Cette affiche sera disponible dès la fin février dans l’ensembles des fédérations départementales des Jeunes avec Marine.

Venant conclure cette Convention jeune, Jean-Marie Le Pen met dans la balance tout le magistère dont il bénéficie en particulier chez les FNJ, dont il fut également le président statutaire, selon les règles du mouvement. Son exposé se veut « pédagogique », renvoyant à la manière dont tout jeune militant doit se comporter, et, in fine, à sa propre expérience, du président de la Corpo de droit de Paris qu’il fut dans les années 1950 à son passé de député UFF (poujadiste), de soldat des guerres d’Indochine et d’Algérie, et, globalement, de militant. Assis au premier rang, Alain Jamet, son compagnon d’armes, sait sans doute mieux que quiconque dans la salle de quoi parle Le Pen alors qu’il monte à la tribune, sous les applaudissements.

Pour Le Pen, on a « exalté le culte des droits de l’homme, en dépit de ceux des citoyens ». La critique est âpre et attendue contre les « soixante-huitards embourgeoisés« . N’as-t-on pas vu, cet été, au Parlement européen, le fondateur du FN « défendre (son) honneur » face aux invectives du soixante-huitard Daniel Cohn-Bendit, coprésident du groupe Verts ? Ce réquisitoire en règle contre la société post-Mai-68, en petit comité et devant l’auditoire conquis des Jeunes avec Marine (appelés « Jeunes pour Marine » par Jean-Marie Le Pen) n’est donc que logique, et se complète du regret affiché de la disparition des « structures complémentaires à la famille : scoutisme, engagement militaire et civil, religion…« . Dans son discours, Jean-Marie Le Pen reprend un peu de ses mots de 2007, dans le spot promotionnel où il vantait l’excellence française, sa durée dans le temps long, sans réel équivalent, si ce n’est l’exemple chinois. Devant les jeunes militants, il assure qu’ils sont « les fils d’une des plus anciennes nations du monde » et rappelle la figure symbolique de Jeanne d’Arc comme « patronne de la jeunesse« .

Cette Convention Nouveau souffle se termine avec le discours de son « parrain », en quelque sorte, en la personne d’un Le Pen qui fera le lendemain l’un des discours de la Convention présidentielle, suffisamment important pour être télédiffusé. La suite de la Convention de Lille sera parcourue d’interventions thématiques, et de La Parole aux français, concept de questions-réponses posées à Marine Le Pen et ses conseillers politiques, parmi un échantillonnage de plus de trois mille questions. Mais c’est bien sûr la candidate à l’élection présidentielle qui retient le plus l’attention du public et des médias, avec un grand discours de fin, pendant près d’une heure et devant trois mille sympathisants, brandissant symboliquement avec toute la salle le carton rouge au président-candidat Nicolas Sarkozy, celui d’une « France morte », et proposant « l’alliance des nations libres contre le libéralisme mondialisé », notamment.

Gauthier Bouchet

|| Printemps social du 1er-Mai, avec Marine

Dimanche 1er mai 2011, Paris

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