Jean-Marie Le Pen dans l’Ouest

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Un article de Gauthier Bouchet

HAUTE-GOULAINE (Loire-Atlantique) — Venu partager avec ses militants la traditionnelle galette des rois, Jean-Marie Le Pen, fondateur et président d’honneur du Front national, s’est longuement étendu sur des discours de politique générale et même internationale. Mais de quoi parle un discours de Le Pen ? Difficile à dire, tant il est dense et vécu.

À la presse, qui le questionne sur l’éventuelle divergence du FN sur la question du mariage homosexuel, devenu ce jour « l’homosexualité maritale » dans le verbe de Le Pen, ce dernier assure que « Le Front national ne connaît pas de tendances affirmées en courants, comme les autres formations. » Le Pen, quatre-vingt quatre ans dont presque soixante de politique, sait combien peut être dangereuse l’affirmation de tendances au sein d’un mouvement politique. En comparaison du PS ou de l’UMP, le FN apparaît de tout temps comme globalement unitaire sur son programme, sans divergences d’appréciations parmi les cadres. Mais les médias, qui n’en entendent ordinairement rien, le taraudent ces dernières semaines sur la question du mariage homosexuel, cherchant la faille d’un discours dont Le Pen, sans avoir produit le discours en question, fait tout de même un service après-vente sur mesure. Et, au-delà des médias, encore faut-il sans cesse faire cette œuvre de pédagogie devant les militants : le Le Pen qui « tourne » maintenant dans les « fédés », comme ce week-end dans l’Ouest, prend ce rôle très à cœur.

Fidèle à une habitude acquise depuis ces deux dernières années de « présidence d’honneur » qui le voit parcourir régulièrement l’ensemble des fédérations, de banquets patriotes en déjeuners-débats, le speech de Le Pen parle en fait de tout et de rien. « Causerie » plus que discours construit, il n’en demeure pas moins riche d’anecdotes érudites et de citations historiques. Il devient ainsi difficile de dire de quoi, exactement, parle le discours de Le Pen ce jour à Haute-Goulaine.

Tout comme l’année précédente, le même mois, le fondateur du FN vient en fait davantage parler de sujets internationaux. Le delta du Nil, « grand comme la Bretagne », rappelle-t-il par une référence à sa région natale, supporte ainsi le poids d’une démographie galopante. Humanité jeune ayant soif d’espérance. Jean-Marie Le Pen ne craint pas tant ces cent millions d’hommes, anecdote qu’il donne à l’envi comme les populations de la Chine et de l’Inde – d’ailleurs surévaluées de quelques centaines de millions, mais qui donnent quand même à réfléchir – que leur pouvoir d’achat. Car, selon lui : « Le revenu moyen en Égypte est de 1 dollar par jour. Je rappelle qu’en France, nous sommes « pauvres » à 930 euros par mois. Alors je redoute le moment où ce ne sera plus 1 dollar mais moins. Car là, ce sera l’embrasement. » En janvier 2012 déjà, dans cette même salle de Haute-Goulaine, Le Pen évoquait l’Égypte, ses « émeutes de la faim » et le salaire moyen… mais cette fois, du policier du Caire.

Ainsi parle Jean-Marie Le Pen, de tout et de rien, variant constamment la focale, legs de sa stature d’homme politique de plan national. Mais, quand Jean-Marie Le Pen revient sur des problématiques justement plus nationales, il ne se positionne pas forcément là où on l’attend. Le Pen, homme d’extrême droite ? C’est que, pourtant, au-delà bien sûr de récuser tout extrémisme, il ne semble même pas/plus vouloir entendre parler de droite, qu’il accable plus que la gauche encore : « La gauche a des circonstances atténuantes, ses utopies. La droite, elle n’a pas d’excuses, car elle a des principes. » Déjà, la veille, Jean-Marie Le Pen avait rappelé dans le Morbihan son commun rejet de la droite et de la gauche, égratignant Jacques Chirac et, anecdotiquement, quelques autres, comme Jacques Toubon – « Toubon a disparu, je ne sais dans quel fossé. » – ou Dominique Perben, devant quelques cent quatre vingt militants.

La veille dans le Morbihan

Cette courte tournée de Jean-Marie Le Pen dans l’Ouest avait en effet commencé dès samedi par une galette des rois organisé au traditionnel lieu de rendez-vous du FN morbihanais : le Diana, à Carnac. Quelques kilomètres plus loin, La Trinité-sur-Mer, ville natale de Jean-Marie Le Pen, grave le nom de son père, mort en 1942, dans la pierre du monument aux morts. Véritable lieu de pèlerinage, il est connu des militants locaux mais, en ce jour de galette, le sujet principa est la préparation des élections municipales. Objet d’un bureau départemental, tenu juste avant le discours de Jean-Marie Le Pen, il pose les jalons de la future campagne municipale du FN dans ce département. Sur ce sujet, Jean-Paul Félix, le secrétaire départemental, annonce au moins deux listes en 2014 « à Lorient et à Vannes », voire « peut-être autre part, comme à Baden ou ailleurs, ce sera la surprise du chef ». Mais, là aussi, l’actualité internationale aura, compte tenu de sa densité, primé sur le cap encore lointain des élections.

Ainsi, sur le Mali, Le Pen juge étonnant que « Flamby (le président Hollande) tel le colosse de Rhodes, les jambes écartées, une à Mogadiscio, et l’autre à Bamako, donne un spectacle qui est toujours roboratif : celui que de voir un socialiste entrer en guerre. » Amusement dans la salle, même si, la mort du premier soldat français dans le cadre de l’opération Serval, elle, ne fait pas rire l’audience, empreinte d’une certaine gravité quand Le Pen évoque cette guerre et ses conséquences. Pour le fondateur du FN, le conflit au Mali a en effet toutes les chances d’occasionner une augmentation de l’immigration vers la France, qu’il juge très négativement : « On dit que c’est une de mes marottes, l’immigration. Je sais que l’homosexualité maritale (le mariage homosexuel) est aussi un sujet important, mais l’immigration est pratiquement le seul sujet dont les conséquences soient irréversibles. » Le public aura sans doute été sensible aux analyses de Le Pen, lui-même ancien soldat, sur la guerre. Dans celui-ci ce jour, d’ailleurs, d’anciens militaires, dont le major Alain Bonte, ancien du Tchad (opération Manta, 1983) et actuel président de l’Union des sections des médaillés militaires du Morbihan.

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