Le SIEL réuni en congrès fondateur

Edito-Congrès-4

Présidentielle 2012 — Compte-rendu d’étape, par Gauthier Bouchet

PARIS 7e – Au premier abord, pas facile de savoir si l’on ne s’est pas trompé d’endroit. Pourtant, en face d’immeubles en réfection, le 28 rue Saint-Dominique, à deux pas de l’Assemblée nationale, est bien le lieu de la discrète Maison de la chimie, laquelle accueillait, le 24 mars dernier, le congrès fondateur de Souveraineté, Indépendance et Libertés (SIEL), un nouveau parti politique, présidé par Paul-Marie Coûteaux, l’un des porte-paroles de campagne de Marine Le Pen. À la traditionnelle réponse « Je gouvernerai avec l’alliance du peuple. » maintes fois répétée, et succédant à la question « Avec qui gouvernerez-vous ? Vous serez bien obligée de passer des alliances. », Marine Le Pen, présidente du Front national, et actuelle candidate à l’élection présidentielle, peut maintenant répondre, de plus, « Avec le SIEL. »

 Souverainetés, Indépendance et Libertés ne fait en effet pas mystère, dans sa brochure de présentation d’une vingtaine de pages distribuée aux participants, et à valeur de manifeste, de vouloir « constituer avec le Front national un gouvernement de salut public pour demain » Ses membres fondateurs – une cinquantaine – viennent d’horizons très divers, ce qu’ils rappellent d’ailleurs largement durant une série d’interventions précédant le discours de leur candidate de cœur et de conviction, Marine Le Pen.

Le plus souvent, ces « primo-adhérents » SIEL viennent directement du Rassemblement pour l’indépendance pour la France (RIF), parti d’origine de Paul-Marie Coûteaux, toujours maintenu mais plus ou moins en veille, au profit justement de la dynamique plus « présidentielle » du SIEL, elle-même arrimée à celle de Marine Le Pen. Moindrement, les congressistes du SIEL sont également issus du Mouvement pour la France (MPF) villiériste, et ses deux campagnes présidentielles en demie-teinte, ainsi que de Debout la République (DLR) de Nicolas Dupont-Aignan, qui pour sa part entame sa première présidentielle dans l’incertitude, à quelques 0,5 % d’intentions de vote. Certains ont également sillonné la « galaxie souverainiste », terme maintes fois répété en ce jour, par le biais du Rassemblement pour la France (RPF) de Charles Pasqua – également associé à Philippe de Villiers – au début des années 2000. On compte très peu d’anciens adhérents du Mouvement national républicain (MNR) de Bruno Mégret, parti scissionniste du FN. Le RPR fournit toutefois l’un des cadres fondateurs du SIEL, issu du Chêne, le mouvement de Michèle Alliot-Marie.

Parmi les grands absents, de véritables vétérans de la Droite de Charles Millon (certainement trop éphémère, jusque dans le souvenir collectif) et des personnalités issues du souverainisme de gauche (parties avec leur chef, Jean-Pierre Chevènement, dans la perspective d’une alliance avec le PS… contre neuf circonscriptions réservées).

Les cadres sont aussi des candidats

Onze de ces « cadres du souverainisme » se trouvent sur la tribune, sous la bannière bleue presque marine du SIEL, flanquée de quatre oiseaux ; ils sont aussi des candidats aux élections législatives de juin prochain. Et avec leurs interventions successives, de cinq minutes chacune, se profile mieux les contours d’une plateforme législative frontiste et au-delà – dont le nom officiel, révélé dans le cadre de ce congrès, est le « Rassemblement Bleu Marine » – évoquée depuis cet hiver, sans précisions jusque-là. Parmi ces cadres-candidats, Xavier Renaud, 39 ans, sera présent aux élections législatives à Châteaubriant, dans la sixième circonscription de Loire-Atlantique, où sa campagne est déjà menée bon train, avec deux réunions publiques en prévision. Ayant travaillé à l’associatif à l’étranger, il militait à l’époque au Chêne, une tendance du RPR depuis mise en sommeil, suite à l’échec d’une candidature Alliot-Marie pour l’UMP en 2007. De toute façon, Renaud avait quitté l’UMP bien avant cette date, déçu de la tendance de son parti, rejoint en tant que jeune RPR. Pour lui, « La radicalisation de l’UMP obéit à un pari stratégique (…) Le Front national, à un moment affaibli (…) peut devenir un vrai parti de droite nationale ».

De son côté, Tristan Passet, 34 ans, se présente comme le « responsable de la communication électronique du SIEL ». Sur un plan moins prosaïque, côté doctrine, il est surtout « nationaliste » – mais pas ostensiblement – et, plus étonnant pour une structure globalement issue de la droite nationale, « robespierriste, (se) reconnaissant dans la filiation de la Commune ». Encore que ce paradoxe ne soit bien sûr que d’apparence, et plus logique qu’il n’y paraît. Somme toute, les passerelles entre gauche communarde et le bonapartisme (Bastelica) ou le boulangisme (Rochefort), sont historiquement avérées, et pas si surprenantes sur le plan des idées. Un paradoxe apparent, donc, Passet évoquant également la « nécessité d’un nouveau Conseil national de la résistance », son modèle de pragmatisme en politique, qu’il a chevillé au corps et épinglé sur son costume – la croix de Lorraine du RPF gaulliste de 1947, symbole de guerre devenu simple pin’s commémoratif – et dans lequel il voit « l’équivalent d’une union sacrée entre alliance entre gauche du travail, et droite des valeurs ». Pour ce militant RIF, qui prépare actuellement un doctorat de géopolitique, « Marine Le Pen incarne ce pragmatisme, elle est la seule. » Il l’a d’ailleurs suivi jusqu’à Nice, en septembre dernier, comme simple spectateur de ses Journées d’été, la rentrée politique de la présidente du FN, organisée à l’Acropolis devant deux mille partisans.

Les intervenants comptent également, cet après-midi, Karim Ouchickh, l’un des conseillers politiques de Marine Le Pen, membre du RIF, et qui introduit ce congrès. Le suivent Véronique Hervouët, écrivain-essayiste, ex-MRC, puis candidate DLR aux élections européennes en Île-de-France ; Julia Buchmann, commerciale, du RIF d’Alsace, partisane d’un « souverainisme avec à sa tête Marine Le Pen et ses éclaireurs, contre le véritable Ancien Régime que constitue le mondialisme » ; Alexandre Delport, cadre de la fonction publique, ancien responsable du MPF des Yvelines (2005-2011). Deux âges d’un même souverainisme se suivent à quelques minutes d’intervalle : Jean et Julia Roux, le premier, expert-comptable, auteur notamment de La Grande braderie du patrimoine public français, membre du RIF, la seconde, sa fille, travaillant dans le commerce international, trilingue accomplie, et future candidate aux élections législatives à Draveil (Essonne) contre Georges Tron, l’ancien ministre. Viennent ensuite Christian Vauge, ancien détaché en mission à l’ambassade de France au Brésil, professeur honoraire aux universités, membre de l’éphémère Parti populaire pour la démocratie française (PPDF) giscardien, au début des années 1980, puis successivement RPR et UMP, auquel il participe lors de la campagne présidentielle de 2007 aux commissions techniques sur les énergies renouvelables ; Anne Jacquemin-Cloutiers, responsable Internet des Manants du roi (un site orléaniste), cadre supérieur licenciée d’un groupe industriel, en froid contre ce « mondialisme qui détruit tant d’emplois, dont le (sien), tant qu’à faire » ; enfin, Philippe Baconnet, un ancien responsable aquitain du FN, dont la première adhésion remonte à 1984, passé au MNR puis au RPF de Pasqua, candidat à la députation en juin prochain à Ribérac (Dordogne).

Mais in fine, c’est une personnalité extérieure au SIEL qui est le plus attendue : Marine Le Pen. La présidente du Front national, et candidate à l’élection présidentielle soutenue par ce mouvement, y fait en effet un discours bref (vingt-cinq minutes) où elle rappelle les convergences de vues déterminantes entre son mouvement et tout ce courant du « souverainisme déçu », en quelque sorte. Venant la précéder à la tribune, l’écrivain Renaud Camus, président du Parti de l’Innocence, rappelle combien sont d’actualité certains des néologismes dont il est l’auteur – du « grand remplacement » à la « décivilisation » – et dont les conséquences lui paraissent visibles dans la société française contemporaine, par la « nocence » (nuisance) qu’ils y apportent. D’autres soutiens moins politisés, telle cette professeur d’université et journaliste de Closer, ancienne supportrice d’Alain Madelin en 2002, tâcheront de montrer qu’une aile libérale peut coexister aux côtés du SIEL, et, donc, de la stratégie de Marine Le Pen. Exercice de style difficile, pour le moins. Moins attendu, peut-être, Aymeric Chauprade, ancien professeur au Collège interarmées, débarqué en 2009 par Hervé Morin (alors ministre de la Défense) suite à ses prises de positions géopolitiques, est venu soutenir publiquement l’initiative du SIEL, par un message lu à la tribune par Paul-Marie Coûteaux, lors du discours de ce dernier.

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