Le besoin d’un département fort

Tribune libre de Gauthier Bouchet, conseiller municipal et de quartier de Saint-Nazaire

À notre sens, la défense de l’existence et du rôle des départements est essentielle. Nos adversaires politiques auraient donc à ce titre beau jeu de nous accuser de n’être pas républicains.

Le PS nazairien, omnipotent depuis des décennies, ne manquait d’ailleurs pas, encore, le 30 janvier dernier au conseil municipal par l’entremise du maire, David Samzun de condamner un prétendu« anti-républicanisme » des élus et militants du FN, coupables d’ « extrémisme », etc. Et pourtant, nous défendons, quasiment seuls dans le paysage politique, la pérennité de l’échelon-clé de l’organisation territoriale française, ces départements, enfants de la Révolution (créés en 1790) et très liés à l’histoire contemporaine et républicaine de notre pays.

Nous défendons l’idée même du département

Le département, selon nous, est et doit demeurer l’incarnation locale de la République, par sa mission de solidarité sociale et territoriale, au sein d’un espace dont l’identité est connue de ses habitants. Dans le même ordre d’idées, nous sommes très attachés à l’intégrité des communes dans leurs prérogatives historiques, du fait de leur proximité avec les citoyens, de la capacité des municipalités à agir concrètement, sur un plan local.

En cela, en rappelant notre attachement à une triple-échelle État-départements-communes, nous indiquons notre méfiance vis-à-vis des régions administratives et des intercommunalités, dont la caractéristique la plus marquante – hélas ! – est qu’ils représentent des territoires globalement inconnus de leurs habitants, dans leurs espaces, leurs identités, leurs compétences bien sûr, et parfois même leurs noms.

L’on retrouvera certainement en conséquence, dans nos propos sur la nécessité d’un département de Loire-Atlantique fort – notamment contre la réforme territoriale qui s’annonce pour 2016 – des accents communs avec nos interventions à la CARENE ses huit derniers mois, sur la péréquation intercommunale, la nouvelle échelle métropolitaine, l’implication de la CARENE dans les plans énergie-climat, etc.

Pour nous, l’action du gouvernement Valls est illisible

Avec un peu d’ironie, nous dirions bien que nous partageons la vision des choses du Premier ministre, Manuel Valls, lorsque celui-ci déclarait le 6 décembre dernier à Pau, lors de l’Assemblée des départements de France (AdF), que « La France a besoin de cet échelon intermédiaire qu’est le département. »

Dont acte ! Et pourtant, Manuel Valls venait de loin, concernant sa vision du rôle des départements. Nous avons en effet en souvenir qu’il évoquait encore en avril 2014, lors de sa première déclaration de politique générale, œuvrer pour une suppression des conseils départements (ex-conseils généraux) en 2020-2021.

Le discours devant l’AdF évoque cependant dorénavant, relativement aux départements, des « compétences confortées, clarifiées, parce que l’on a besoin de cette solidarité, de cette proximité, de cette efficacité ». Nous abondons naturellement dans le sens de cette déclaration d’intention. Il convient désormais de lui donner forme… Or, nous n’en voyons pour l’instant pas le commencement, alors que la marche aux intercommunalités se poursuit, y compris en Loire-Atlantique, avec trois créations complémentaires depuis les élections cantonales d’il y a quatre ans :

  • le pôle métropolitain Loire-Bretagne (PMLB), créé en juillet 2012, et associant les intercommunalités de Nantes métropole,de la CARENE, d’Angers-Loire métropole, de Rennes métropole et de Brest métropole océane ;
  • le pôle métropolitain de Nantes-Saint-Nazaire,également lancé en juillet 2012, intégrant six intercommunalités, Nantes métropole et la CARENE en tête, présidé par Johanna Rolland ;
  • la métropole de Nantes, nouvellement mise en place (janvier 2015) à partir de la communauté urbaine préexistante de Nantes métropole, également présidée par Johanna Rolland !

À ce titre, nous ne pouvons que nous féliciter de toutes les initiatives citoyennes – qu’elles soient ou non de notre bord politique – qui viennent apporter la contradiction au gouvernement concernant sa marche à l’intercommunalité et à la métropolisation de nos territoires. Nous saluons toute parole en ce sens, qu’elle s’exprime dans les(rares) débats public ou bien sur Internet.

Nous saluons toute parole en ce sens(remettre en cause la politique gouvernementale relativement aux départements), qu’elle s’exprime dans les – rares – débats publics ou sur Internet, tel le blog Stop métropole, qui vient d’être créé le mois dernier en réponse à la métropolisation de Saint-Nazaire et Nantes. Partout, les citoyens doivent pouvoir librement débattre et décider. Etc’est d’ailleurs ce qui peut amener à évoquer notre rapport à la Bretagne dans cette campagne électorale…

Le Front national, la Loire-Atlantique et la Bretagne

Sans accabler la presse, nous estimons que notre rapport à la Bretagne n’est pas compris. Le FN est régulièrement taxé d’opposition à la réunification bretonne, alors que ses positions, au moins depuis la campagne municipale de 2013-2014, à Saint-Nazaire comme à Nantes,prouvent l’inverse. Nous figurions en effet parmi les rares listes prônant l’intégration de la Loire-Atlantique à la Bretagne.

Cette question de la réunification bretonne, même le Parti socialiste n’en a pas voulu, Philippe Grosvalet, président du conseil général de Loire-Atlantique, s’est de longue date prononcé pour une région Grand Ouest, à l’instar de David Samzun, maire de Saint-Nazaire (déclaration du 3 octobre 2014 sur la volonté d’un « Arc Atlantique » associant la Bretagne, les Pays de la Loire et le Poitou-Charentes dans une nouvelle région unique) et bien sûr Jean-Marc Ayrault, ancien député-maire de Nantes, et sa successeur, Johanna Rolland.

La position du FN de Loire-Atlantique est sans ambiguïtés : une Bretagne à cinq départements, Loire-Atlantique incluse. Ace titre, et comme Jean-Claude Blanchard l’a rappelé hier à la CARENE en refusant de voter le financement du Pôle métropolitain de Nantes-Saint-Nazaire, la perspective, ce 8 février, d’une votation citoyenne à Soudan recueille naturellement notre sympathie, et nous souhaitons une large victoire du « Oui», même si ce « Oui » sera symbolique…

Élus au conseil départemental, nous serions de ce fait partie prenante de tous les vœux et votes éventuels allant vers une perspective de réunification bretonne… même symbolique ! Nous ne sommes pas dupes en effet du peu d’entrain de la gauche et de sa dispersion, entre socialistes, écologistes, communistes, extrême gauche LO-NPA, régionalistes de l’UDB concernant les questions de la réunification bretonne, du Gwenn Ha Du sur nos bâtiments publics,etc.

Cela, nous l’avons constaté avec le débat sur la Bretagne, annoncé en fanfare en mai 2014, mais bien rapidement évacué par la municipalité, avec une simple déclaration de dix minutes de Patrice Bulting au conseil municipal. De ce côté, monsieur Samzun fait à peine mieux que monsieur Batteux ! Nous préconisions pour notre part un débat public, comme ce qui a été organisé durant l’été dernier concernant la rénovation de la gare ferroviaire de Saint-Nazaire, un débat concernant lequel nous nous honorons d’avoir été les seuls élus à participer.

Cette vision du département en tête, il nous faut donc, dans et hors des contextes électoraux successifs, être force de proposition. Incarnons dans la mesure de nos succès électoraux, cette « opposition de l’intérieur » qui n’est dans jamais dans notre esprit que la marche précédant, à l’échelle locale, la « gestion de l’intérieur, pour l’extérieur »,c’est-à-dire pour le peuple.

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