Plaidoyer pour la Loire-Atlantique

Tribune libre de Gauthier Bouchet, conseiller municipal et de quartier de Saint-Nazaire

Il n’est pas à douter que le score du Front national (FN) aux élections départementales en Loire-Atlantique sera plus élevé que celui des élections européennes de 2014 (18 %).

Mais, plus généralement, dans notre région, que l’on prenne la huitième circonscription de Loire-Atlantique, que l’on prenne la neuvième circonscription, la Presqu’île, le Pays nazairien, nous sommes sur de très bons scores, et des scores qui sont un plutôt nouveaux. Parce que nous venons de loin.

Les résultats électoraux du FN en Loire-Atlantique

Il suffit de se pencher sur les archives électorales de Saint-Nazaire, par exemple, pour observer la progression locale du FN. Aux européennes de 2004, le FN réunissait 4,70 % des suffrages exprimés. Aujourd’hui, nous sommes à 16 %.

Saint-Nazaire, encore, est une grande ville, avec de nombreuses problématiques de désindustrialisation, des commerces qui ferment… On a le sentiment – assez faux à mon sens – que ce n’est pas une ville agréable à vivre. Et nous y faisons déjà 16 %.

L’observation de ce simple score permet d’imaginer ce que pourrait donner, à l’avenir, les prochaines percées du Front national, à Donges, à Montoir-de-Bretagne, dans des villes qui sont complètement excentrées comme Saint-Joachim, etc. En l’état, le bilan des élections européennes montre de très bons scores dans toute cette région :

  • 16 % à Saint-Nazaire ;
  • 17 % à Pornichet, qui, on peut le penser, est tout de même plus préservé que Saint-Nazaire ;
  • 18 % à La Baule-Escoublac ;
  • 20 % à Saint-André-des-Eaux ;
  • 22 % à Saint-Molf ;
  • 23 % à Saint-Joachim, commune assez excentrée, pâtissant d’une raréfaction des services publics ;
  • 24 % à Saint-Malo-de-Guersac ;
  • 24 % à Trignac, qui a fait un peu l’actualité, parce que le maire ne savait plus trop sur quel pied danser, et qu’il a essayé de faire un coup pour avoir la mairie contre les communistes, en ayant partie liée avec le FN, découvrant finalement que son adjointe était FN pour la virer ;
  • 25 % à Besné et Donges ;
  • 26 % à Montoir-de-Bretagne, qui est notre record dans la région.

Il y a un réel potentiel pour le Front national dans cette région

Ce potentiel existe. Il sera au rendez-vous, avant l’élection présidentielle de 2017, dès les scrutins de 2015, parce que, nous semble-t-il, il y a un besoin local, comme dans toute la France, en quelque sorte, de Front national : un besoin de patriotisme pour rassurer les gens sur la capacité, demain, de Marine Le Pen, si elle est au pouvoir – et nous n’en doutons pas pour 2017 – de restaurer la France dans toutes ses prérogatives, à la fois vis-à-vis d’elle-même, et puis pour le monde extérieur.

Mais l’important, c’est que la France se restaure pour elle-même, qu’elle soit pleinement souveraine, qu’elle récupère pleinement sa justice, sa monnaie, sa sécurité, sa diplomatie, son indépendance industrielle et agricole, son système éducatif qui fait tant d’admiration dans le monde entier, pour ne rien dire de son système social. Il est important que la France soit souveraine sur tous ces plans. Et cela, c’est Marine Le Pen qui, au plus haut niveau de l’État, va l’assurer, si demain elle est victorieuse.

L’effort local et national

Au niveau local, nous allons labourer le terrain. Nous savons que les militants sont beaucoup en attente que nos quelques élus puissent avoir des marges de manœuvre, qu’ils puissent être non seulement dans une opposition verbale, mais qu’ils aient réellement un pouvoir de changer les choses ou de bloquer ce qui ne va pas, dans les mairies, et peut-être demain dans les conseils départementaux.

Hélas, le pouvoir vient aussi beaucoup du haut. Cela vient du bas parce qu’il faut s’enraciner localement, qu’il faut participer régulièrement aux élections, et dans les mêmes territoires, sans se « balader » sur la carte : les candidats de Saint-Nazaire restent à Saint-Nazaire, et font un travail de longue haleine à Saint-Nazaire, comme les candidats de La Baule, comme tous les autres candidats. Mais, les choses viennent aussi par le haut. Et avant la victoire de 2017, et la victoire, qui est plus lointaine, mais qui n’est pas moins importante, des élections législatives qui suivront en juin, lesquelles nous permettront d’avoir une voix à l’Assemblée, d’en avoir même plusieurs dizaines avec les députés, il est important d’entrer dans les conseils départementaux.

En Loire-Atlantique, nous avons quelques chances, des chances qui sont modestes, mais qui sont réelles. On peut raisonnablement penser être en capacité de gagner le second canton de Saint-Nazaire, qui est le canton du président du conseil général, un candidat de gauche qui ne représente absolument pas l’image que devrait être celle d’une gauche sociale, proche du peuple, proche de ses considérations, dans la défense de l’industrie, la défense des classes populaires. Le PS n’est pas du tout cela dans le second canton de Saint-Nazaire. Et, avec la division de la gauche, avec une configuration électorale particulière, nous avons des chances raisonnables d’avoir ce canton, comme nous avons des chances quasiment certaines d’avoir au soir du 29 mars 2015, selon les prévisions statistiques, qui valent ce qu’elles valent, environ cent-cinquante conseillers départementaux Front national.

Prendre part aux élections, un marqueur de républicanisme

Il est important de participer à ces élections. Il est important, en réalité, de participer à toutes les élections. Le parti-pris opposé au Front national, que l’on accuse d’être non-républicain, d’être antirépublicain, quand on ne l’accuse pas d’être fasciste ; ce parti-pris, c’est de dire qu’il va mettre le désordre, qu’il est quasiment révolutionnaire, qu’il est extrémiste, que demain il va faire table rase, et tout un tas d’horreurs. Mais en réalité, le Front national, depuis sa création en 1972, et sa participation aux premières échéances électorales deux ans plus tard, est légaliste. Il participe à toutes les élections, parce que nous ne choisissons pas les règles du jeu. Quelle que soit la contestation que nous pouvons émettre vis-à-vis de ces règles, nous ne pouvons les choisir.

Donc, ces élections sont à la fois comme les autres, mais ne sont pas tout à fait comme les autres. Elles sont comme les autres, parce que nous devons y participer à l’égal de toutes les élections, mais elles sont différentes parce que le contexte a changé en quatre ans, entre les élections cantonales et ces élections départementales dont vous voyez d’ailleurs le changement symbolique de nom. En général, lorsque l’on change le nom d’une élection, d’une instance, d’un parti, comme il va peut-être se passer dans quelques mois avec l’UMP, c’est que les choses ne vont pas si bien, que l’on veut cacher des choses. Et ce que l’on veut cacher, en changeant le nom de l’élection cantonale en « élection départementale », c’est que la réalité du canton et du département est en train d’être bradée par d’autres structures qui ne veulent pas votre bien.

Vous connaissez la position du Front national. Nous sommes attachés à une triple-échelle. C’est celle de l’État, des communes à l’autre extrémité, et puis au milieu, cet échelon intermédiaire très important qu’est le département. Les cent départements de France sont d’ailleurs une création révolutionnaire, républicaine, auxquels nous sommes très attachés. Cela montre, contrairement au propos qu’a pu tenir monsieur Samzun, [maire de Saint-Nazaire, le 30 janvier dernier] que nous sommes non seulement républicains, mais peut-être plus républicains que les autres, et les seuls républicains de la classe politique française.

Il est donc très important pour les Baulois, pour les Guérandais, pour les Nazairiens, et tous les Français en réalité, d’avoir des départements forts. À notre sens, la défense de l’existence et du rôle des départements est essentielle.

Quelle idée nous faisons-nous du département ?

Pour nous, le département est réellement une instance dont la mission de solidarité sociale et territoriale est extrêmement importante. En effet, les prérogatives du département sont encore assez conséquentes en terme d’action sociale. Elles le sont en fait pour beaucoup d’autres choses : en terme de gestion de la voirie, en terme de gestion des collèges… Il y a d’ailleurs cette bizarrerie en France, que les départements gèrent les collèges, et les régions les lycées. Il y a peut-être des choses à harmoniser de ce point de vue-là, une vraie harmonisation. Il ne s’agit pas, dans notre esprit, des harmonisations que promet le président Hollande, ces simplifications qui sont, en réalité, des complexifications administratives. Lorsque le gouvernement vous dit, « On va simplifier les choses. », en réalité, tout se complique, il y a des structures qui s’ajoutent, etc. Simplifions réellement les choses. Allégeons la crème du mille-feuille administratif… et territorial !

Relativement à l’empilement des territoires et des prérogatives, les départements sont aussi notre sauvegarde contre cette dynamique double des intercommunalités, que nous commençons à connaître depuis une douzaine d’années, et celle des métropoles, qui est, elle, inédite. Vous le comprendrez quand vous recevrez votre feuille d’impôts, les métropoles ont également une prérogative fiscale. C’est ce qui est en train de se passer à Lyon, où de nouveaux impôts sont en train d’être créés. Vous verrez cela un peu partout, à Nantes, à Brest, etc. Les métropoles, de ce point de vue-là, ne vous oublient pas, quand partout ailleurs elles affichent un constant manque de proximité avec leurs administrés.

Nous sommes donc attachés à cette triple-échelle (État-départements-communes), sachant que les départements et les communes ont l’avantage, de plus, d’être bien identifiés, dans leurs noms, dans leurs frontières, dans leurs prérogatives, dans leurs identités, ce qui n’est pas du tout le cas des régions administratives, et encore moins des intercommunalités, qui sont des acronymes, des sigles, etc., souvent un peu confus, et qui n’ont aucune identité, notamment, aucune identité charnelle.

Un gouvernement inconstant sur la « question » des départements

Nous combattons toutes ces choses. Pour nous, l’action actuelle du gouvernement Valls est complètement illisible. Et nous y voyons d’ailleurs une manifestation des mensonges des socialistes, qui sont des spécialistes en charlatanerie, qui sont des jongleurs de rues, mais qui ne sont pas des hommes d’État.

Quand Manuel Valls dit, dans son discours de politique générale, lorsqu’il est nommé Premier ministre en avril 2014 « Nous allons réduire les prérogatives des départements. Nous allons supprimer les conseils départementaux d’ici 2021. », et que finalement, il revient sur sa parole huit mois après devant l’Assemblée des départements de France (AdF), à Pau, en disant « Surtout, nous allons renforcer les départements. Nous allons clarifier leurs compétences. », il n’y a aucun sens à cela.

Et c’est comme ça pour tous les responsables socialistes, sur tous les grands sujets qui président aux vies des citoyens que nous sommes. Nous avons constamment le mensonge et le double-discours, comme encore récemment pour l’histoire de l’autoroute de la Mer qui a été fermée en septembre dernier, l’on ne sait pas trop pourquoi – il est dit qu’elle n’est pas rentable – mais maintenant, les socialistes sont en train de dire que somme toute, il faudrait peut-être la rouvrir. Pour tout un tas de choses – pour notre appartenance à la Bretagne, c’est pareil – il y a constamment un double-discours des socialistes.

Jean-Claude Blanchard, élu et candidat nazairien, a indiqué récemment que son premier adversaire à Saint-Nazaire, c’était le PS. C’est évident. Parce que, même si à La Baule, l’UMP est plus forte, il existe un socialisme qui est enraciné dans cette région, qui détient le conseil régional, qui détient le conseil général : il est important de montrer quels sont leurs mensonges.

La Loire-Atlantique, Saint-Nazaire et la Bretagne

Comme il fut brièvement évoqué, la position du PS est notamment ambiguë sur la question de la Bretagne, de notre appartenance à la Bretagne. Nous nous sentons tous bretons, a priori, depuis notre quotidien non-militant jusque dans nos réunions publiques. Mais pour un responsable socialiste comme peut l’être monsieur Samzun, il suffit de se sentir breton, l’on a pas besoin d’autres choses. Il dit « Moi, je me sens breton. Si vous, vous avez besoin que la Loire-Atlantique soit dans une région Bretagne, je ne comprends pas cela. ».

Or, il y a beaucoup de gens qui aimeraient une Loire-Atlantique bretonne, pas simplement pour des raisons identitaires, ou strictement symboliques. En effet, il serait également intéressant qu’il y ait une région de Bretagne avec ces cinq départements, et trois grands centres urbains – Rennes, Nantes et Saint-Nazaire, qui serait un peu moins important – qui donnent du dynamisme économique à une région étant à la fois touristique, industrialo-portuaire, avec des activités commerciales, un dynamisme universitaire, un cadre de vie agréable.

Ce serait beaucoup plus intéressant que cette concurrence des territoires, où rivalisent de part et d’autre Nantes et Rennes, qui se regardent, en somme, comme chiens de faïence. Or c’est un peu ce qui est en train de se passer, pour le bonheur de présidents de conseils régionaux qui sont grassement payés, vous pouvez en être certains, et qui deviennent extrêmement imbus d’eux-mêmes, à l’instar de Jacques Auxiette et Jean-Yves Le Drian, qui n’ont rien à envier aux Royal, Huchon, Frêche, Vauzelle, Percheron et autres créatures des régions.

Le FN, même si la presse l’accable, en disant au mouvement qu’il n’est pas honnête sur la question bretonne, est parfaitement clair sur l’attachement à la Bretagne. Et cela aussi, c’est un point de programme qui est important pour les élections départementales.

En effet, l’on nous demande toujours aux candidats du FN, quasiment le pistolet sur la tempe, « Donnez les points de votre programme ! Donnez les points de votre programme ! », comme s’il était besoin de déployer un programme extrêmement détaillé à l’échelle locale. Mais, notre programme, c’est aussi un programme national.

Nous sommes les représentants d’un parti national qui s’appelle le Front national, et d’une figure nationale qui s’appelle Marine Le Pen, dont le programme est connu, au moins sur les questions d’immigration et de sécurité, mais qui est également bien appréhendé par une majorité de Français sur les questions de souveraineté, d’agriculture, d’industrie, de diplomatie… Notre programme, les gens le connaissent. Et par capillarité, dans un mouvement unitaire comme le FN, tout programme local est identique à la base.

Mais, il y a quelque chose de local, qui est intéressant ici en Loire-Atlantique, c’est que – et ce sera sans doute notre différence avec des partis qui n’en parlent absolument pas – nous pouvons nous revendiquer comme sincèrement bretons. Ce faisant, l’on peut raisonnablement dire que nous ne sommes pas satisfaits de la manière dont le débat sur la bretonité (c’est-à-dire l’identité bretonne, la manière dont on se sent breton) est mené. Lorsque l’on voit qu’à Saint-Nazaire, le Gwenn Ha Du est hissé quelques jours et puis, il est discrètement rangé au placard, ou qu’entre les régionalistes de l’Union démocratique bretonne (UDB), l’extrême gauche LO-NPA et le Parti socialiste, la gauche est extrêmement divisée sur la question de la Bretagne, on peut se dire que le FN est le seul, à part peut-être les régionalistes, à porter cette question.

Inversement, le FN de Loire-Atlantique peut logiquement se féliciter de ces consultations citoyennes qui voient le jour un peu partout, même si elles demeurent très symboliques. Il y eut par exemple, le 8 février dernier, une votation à Soudan, en Loire-Atlantique, devant notamment permettre à leurs habitants de déterminer s’ils se sentaient bretons, s’ils voulaient une Bretagne de cinq départements, avec la Loire-Atlantique.

Nous espérions une victoire du « Oui » qui est d’ailleurs intervenue, par 79,60 % de votes. Cette victoire symbolique permet d’annoncer, si nous avons des élus au conseil départemental – et nous en aurons forcément quelques-uns en Loire-Atlantique – que nous serions là pour participer aux vœux de réunification bretonne.

Nous serions là, de même, pour promouvoir l’identité bretonne, et pas simplement une identité folklorique, mais une identité qui fasse la part belle à notre Histoire, à notre mémoire. En effet, nous vivons dans des territoires qui sont chargés de mémoire, d’une mémoire particulière, qui est un peu une mémoire portuaire, une mémoire industrielle. C’est de plus une mémoire récente, d’un siècle, un siècle et demi. Ce sont des choses que nos grands-parents et nos arrière-grands-parents ont vécues. Pour autant, l’on nous ressort toujours, notamment à Nantes, l’esclavage, la traite négrière, qui sont de constants leviers de repentance.

À ce titre, et pour conclure cet état des lieux du rôle des départements en général et de la Loire-Atlantique en particulier, il est anormal que nous ne soyons pas fiers de notre Histoire. Il est plus anormal encore que nous ne soyons pas même conscients de notre Histoire.

Or notre Histoire, localement, elle est en partie bretonne. Notre réflexion sur la Loire-Atlantique doit donc légitimement associer des questionnements sur la « problématique bretonne », perçue d’ailleurs comme « potentiel » multiple : économique, patrimonial, culturel, en terme d’aménagement territorial (désenclavement, développement des axes routiers et ferroviaires), etc.

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