STX : une décision qui soulève le problème du devenir de l’industrie en France

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Tribune de Jean Goychman, président du groupe FN au conseil régional des Pays de la Loire


Le 27 septembre, le couperet est tombé, faisant de Fincantieri l’actionnaire majoritaire de STX France. Ainsi, après dix-huit mois d’incertitude entretenue, après une annonce plus médiatique qu’autre chose par laquelle le Gouvernement, usant d’un droit qui était le sien, avait décidé d’acquérir la totalité du capital de l’entreprise, en définitive, rien ne sera fait. Pourtant, on percevait une certaine réticence de la part du ministre de l’Économie à s’engager résolument dans cette voie. Il avait banni de son discours le mot de « nationalisations », qui était pour lui le spectre de l’épouvante et de l’anti-libéralisme.

Il s’excusait presque auprès des Italiens, et cherchait visiblement une autre issue. Il avait proposé la stricte égalité des parts sociales entre Français et Italiens, et comptait y revenir. Peut-être diplomatiquement concevable, cette solution est mortifère dans l’industrie, car elle lie le sort de l’entreprise à un vote unanime en permanence, ce qui ne résiste jamais à l’épreuve du temps. Les Italiens ne voulant pas démordre d’une stricte majorité dans le capital, ils ont donc trouvé une solution transitoire de location de 1 % des actions pour pouvoir affirmer que chacun avait gagné…

C »est en réalité faire peu de cas de l’entreprise et de son devenir. D’habitude, on a tendance à nationaliser des sociétés qui sont plus ou moins en perdition. Ce n’était pas le cas de STX France. Rappelons que les déboires de STX Offshore & Shipbuilding ont commencé en 2010, deux années seulement après que celle-ci ait racheté à Aker Yards les chantiers navals de Saint-Nazaire. Rappelons également que la vente de ces chantiers à Aker Yards s’était faite sous l’injonction de la Commission européenne, comme une sorte de « monnaie d’échange » libérale à l’injection de fonds publics destinés à sauver Alstom, déjà à l’époque en proie à des difficultés.

Depuis 2010, STX France a été livrée à elle-même et s’est débrouillée, malgré son actionnaire majoritaire en perdition, pour faire face à ses engagements et continuer à livrer les navires qu’elle construisait tout en engrangeant de nouvelles commandes. Les constructeurs navals ont l’habitude de dire qu’il faut construire trois bateaux de même type (ou presque) pour arriver à gagner de l’argent. Ils précisent même que l’on perd sur le premier , on équilibre sur le second et on gagne sur le troisième. Seulement voilà, entre-temps, elle change d’actionnaire. Est-ce bien raisonnable et que va-t-il se passer si nous commençons à vendre les entreprises qui commencent à gagner de l’argent?

Jusqu’à présent, on essayait surtout de faire racheter des entreprises plutôt « à problèmes » et l’argument de la compétitivité accrue due au mariage augmentant la capacité de production, pouvait être plus ou moins justifié. Nous ne sommes pas du tout dans ce cas avec STX France. Le Gouvernement disposait de tous les leviers depuis juin 2016. Il fallait simplement empêcher que l’état comateux de la maison mère se propage à la filiale STX France. Il existait des moyens juridiques faciles à mettre en oeuvre, mais rien n’a été fait.

Nos dirigeants politiques ont, une fois de plus, privilégié par pure idéologie, un rachat par une société européenne non pas parce qu’elle allait apporter quelque chose à STX France, mais seulement parce qu’elle était européenne. Nous constatons simplement que le même jour, deux sociétés françaises sont passées sous des pavillons étrangers et que, dans un cas au moins, cela s’est fait au détriment, une fois de plus, de l’intérêt national et toutes les explications du monde n’y changeront rien.

Qui sera le prochain ?

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